Energie : la revanche de Ben Salmane

En poussant l'OPEP à réduire sa production de deux millions de barils/jour, le prince héritier saoudien a donné une véritable gifle au président Biden. Ce faisant, il réglait un vieux compte avec ce dernier, montrait son indépendance à l’égard de l’administration américaine et son rapprochement avec le camp des non-alignés, tout en réalisant une excellente opération financière.

Il fallait vraiment n’avoir aucune connaissance de la psychologie du monde arabe pour avoir traité l’héritier du trône saoudien et homme fort de Ryad comme l’a fait le président américain. La susceptibilité des princes arabes n’est pas franchement nouvelle. Et déclarer publiquement vouloir rabaisser Ben Salmane au rang de «paria»(1), était une erreur psychologique, stratégique et diplomatique dont Joe Biden devait payer le prix. Et le Premier ministre saoudien vient de lui présenter la (première?) facture.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane - Photo : Wikipedia

La décision de l’OPEP a incontestablement renforcé la position des producteurs de pétrole russes. En effet, mécaniquement, toute réduction de la production pétrolière mondiale fait augmenter les prix du brut. Ce qui permettra à la Russie d'en faire autant, même s'il n'est pas secret que pour l'instant, du fait des sanctions occidentales, elle doit vendre son or noir entre 15 et 20 % en dessous du cours OPEP. Pour le plus grand bonheur des Indiens, des Chinois et de quelques pays africains. Mais, malgré ce discount, quand le prix OPEP augmente celui du pétrole russe suit, même minoré des réductions évoquées ci-dessus.

La claque donnée au président américain est d’autant plus retentissante que ce dernier s’était rendu en personne en Arabie, en juillet dernier, pour tenter de convaincre le dirigeant saoudien d’augmenter la production et de faire pression sur ses partenaires de l’OPEP pour qu’ils en fassent autant.

En résumé, le manque de diplomatie et surtout la méconnaissance du monde arabe de Joe Biden le met dans une position délicate et surtout humiliante. Et conduit à la situation paradoxale de voir le prince Ben Salmane devenir de facto, selon la terminologie marxiste, un «allié objectif» de Vladimir Poutine. Pourtant lui-même allié privilégié de l’ennemi majeur de l’Arabie : l’Iran ! Ce qui est un autre pied de nez au président américain. Mais, en même temps, montre qu’en matière de politique internationale ignorer les facteurs psychologiques peut être dangereux.

Et, cerise sur le gâteau, en faisant augmenter le prix des carburants ou, au minimum, en l’empêchant de baisser, Ben Salmane vient en aide aux Républicains dans le cadre de la campagne des mid term elections aux États-Unis, du mois prochain. Car on sait combien le prix du carburant pèse dans la décision de vote de millions d'Américains.

J.O.

(1) Après l’enlèvement, l’assassinat et le dépeçage du journaliste Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie à Istanbul. Crime qui aurait été commandité par Ben Salmane. Ce que ce dernier a évidemment toujours nié.

 

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