Vendredi 19 juillet 2024

Après la chute de l'euro, celle de l'Europe ?

En un an, la monnaie européenne a perdu plus de 18 % face au dollar. Et rien ne laisse présager qu'elle se redresse, tout au moins à court terme. S'il est certain que la hausse des taux d'intérêts décidée par la Réserve fédérale américaine a incontestablement joué en faveur du billet vert, il n'en est pas moins vrai que le mouvement de chute de l'euro avait démarré bien avant cette décision. En effet, l'analyse des graphiques montre que la baisse de l'euro a débuté en janvier 2021, c'est-à-dire au moment où on a commencé à mesurer les effets ravageurs des politiques de confinement. Celles-ci, non contentes d'avoir générer une augmentation de la mortalité (1), d’avoir encore aujourd’hui des conséquences sanitaires graves (2), ont aussi ruiné durablement les économies. La chute de  l’euro s’est accélérée ensuite après l’annonce des sanctions prises contre la Russie, suite à l'agression de cette dernière contre l'Ukraine.

Comme nous l'avions annoncé dès le mois de juin dernier (3), aujourd'hui des organismes aussi sérieux que le Fonds monétaire international constatent que ces sanctions ont été bien plus néfastes pour l'Union européenne que pour la Russie. Deux éléments le prouvent : la chute de PIB de la première est de 8,5 % contre 6 % pour l'autre. Dans le même temps, l'évolution du rouble face à l’euro est particulièrement significative. Le 29 août 2021,  la monnaie russe cotait à 86 contre 1 €. Le 7 mars 2022 (donc au début des sanctions), la monnaie russe s'effondrait à 148 pour remonter aujourd'hui aux alentours de 60.

Quand l’Inde participe aux manœuvres sino-russes

Il n’est donc plus contestable que les sanctions nuisent bien plus aux «sanctionneurs» qu’aux «sanctionnés». Ce qui confirme aussi ce que nous écrivions (3), à savoir que la première est bien plus pénalisée et bien plus isolée que la seconde. La Chine, l'Inde, l'Afrique et l'Amérique latine n’ayant que faire des ukases américano-européens. Pis, on a même vu des manœuvres militaires communes des armées russe, chinoise et...indienne. Et il s’en prépare de nouvelles non seulement avec les mêmes partenaires mais aussi avec des pays d’Asie centrale.
Sans parler de certaines sanctions qui sont franchement risibles. Ainsi, les «sanctionneurs» ont-ils décidé d’interdire tout achat d’or russe. Amusant ! Depuis cinq ans, la Russie n’a plus vendu une once de métal jaune et en a même acheté pour renforcer son stock. Probablement pour asseoir la crédibilité la future monnaie que les BRICS préparent pour contrer le dollar. Hypothèse renforcée par les achats massifs de métal jaune effectués par Pékin, au cours des dernières années.

Baisse du soutien populaire aux sanctions

Aujourd'hui, l'Europe est confrontée à une inflation galopante. En Belgique et en France, elle devrait largement dépasser les 10 % à la fin de cette année. Ceci sans parler des restrictions auxquelles leurs habitants vont être confrontés pendant l'hiver. Il semble d'ailleurs que, contrairement aux responsables politiques, les populations menacées commencent à mesurer l'ampleur de la catastrophe. Les sondages sont d’ailleurs très intéressants à observer. Alors qu’au début de la guerre, l’écrasante majorité des populations des pays de l’UE soutenaient les sanctions, ce soutien s’amenuisent de semaine en semaine. En Italie et (plus étonnamment) en Roumanie, les populations se sont même retournées : la majorité des sondés affichant son rejet des sanctions. On est donc très loin de la belle unanimité populaire à laquelle on prétend nous faire croire. On aura bientôt d'ailleurs un sondage grandeur nature lors des élections parlementaires italiennes du 25 septembre prochain. Où pro et anti-sanctions (et confinements) vont s’affronter. Actuellement, les sondages donnent les seconds vainqueurs. Mais une élection n’est jamais gagnée avant que les résultats définitifs soient connus.

Ségolène Royal, ainsi que des députés sociaux-démocrates allemands appellent à la levée des sanctions qui ruinent les citoyens européens. (© Wikipedia)

Des responsables politiques, généralement sociaux-démocrates, commencent à voir l'erreur des sanctions. Et à mesurer les dégâts économiques et sociaux qu'elles occasionnent.  C'est notamment le cas de Ségolène Royal qui a publié le tweet suivant :"Oui, les peuples veulent la Paix. Lesquels des dirigeants se lèveront pour l'imposer, stopper le délire de la surenchère des armes décidée hors d'Europe, appliquer les accords de Minsk ? Et, comme Valéry Giscard d'Estaing le disait, que la Crimée russophone comme le Donbass fassent leur choix". On remarquera qu'en employant les termes 'hors d'Europe", elle met implicitement les États-Unis en cause.
En Allemagne, sous la pression de leurs électeurs, des députés sociaux-démocrates sont également intervenus auprès du chancelier Olaf Scholz pour demander que l'on revoie la politique de sanctions qui menace directement l'économie allemande et donc l'emploi et les structures sociales de leur pays.

Solidarité européenne et indécence allemande

Officiellement l'Union européenne affiche une parfaite coordination et ses membres ne parlent que d'une seule voix. Dans les faits, c'est beaucoup plus nuancé. La plupart des pays sont bien conscients que si l'on ne trouve pas très rapidement un accord avec la Russie, cette guerre va s'enliser et conduire non seulement à une catastrophe économique mais à un appauvrissement que les populations ne sont pas prêtes à accepter. De ce fait, chacun essaie, plus ou moins discrètement, de trouver des solutions personnelles. Certains, comme la Hongrie, ont clairement pris leurs distances avec les décisions européennes et continuent à traiter avec la Russie. Avec un évident succès, puisque Gazprom va poursuivre ses livraisons de gaz à ce pays. D'autres sont plus discrets. C'est notamment le cas des Italiens. Alors que M. Macron se rendait en visite officielle en Algérie pour tenter d'obtenir plus de gaz de la part des autorités de ce pays, il a découvert qu'il avait été précédé par la compagnie transalpine ENI qui avait raflé tout ce qui était encore récupérable dans ce pays. De son côté, la France ne fait pas preuve de plus de solidarité. En s'opposant à l'extension du gazoduc MidCat pour protéger ses propres intérêts, elle pénalise en même temps l'Espagne, le Portugal et l'Allemagne. Qui, elle-même, a l’indécence de faire appel à la solidarité européenne, alors qu’elle refuse de maintenir ses dernières centrales nucléaires ouvertes. Et de rouvrir celles qui sont encore tout à fait aptes à fonctionner. Cela uniquement pour satisfaire le fanatisme savonarolien des Verts.

On voit donc que la solidarité à ses limites. Exactement comme on avait pu l'observer pendant la crise du covid ou officiellement on s'entraidait mais où le «chacun pour soi» était devenu la règle absolue.  Il suffit de se souvenir de la "bataille des masques" qui a opposé la France à l'Italie.

L’UE en péril ?

Si la chute de l'euro est malheureusement déjà une chose acquise, on peut se demander si celle de l'Union européenne n'est pas occupée à se dessiner. Aujourd’hui, tout observateur objectif ne peut arriver qu’à une prédiction : les sanctions contre la Russie conduisent à une catastrophe économique et sociale d’une ampleur encore jamais connue. Ceux qui disent le contraire mentent.

La chute de l’euro n’est seulement due aux sanctions mais aussi aux politiques de confinement. Voir le «quoi qu’il en coûte»... (© Pixabay)

La chute de l’euro n’en est que le signe avant-coureur. Sera-t-elle suivie de celle de l’UE si les peuples se révoltent quand (comme au moment de la pandémie) de nouvelles mesures dictatoriales et antidémocratiques seront imposées et surtout quand les gens auront faim et froid ?

Et tout cela, pour le plus grand bonheur de Vladimir Poutine et, pourquoi pas ?, de Joe Biden... qui a poussé l’Europe dans la voie sans issue des sanctions. Probablement pour ne pas perdre les mid term elections de novembre, faire oublier sa déroute d’Afghanistan et gonfler les carnets de commandes des usines d’armement US.

Jacques Offergeld

(1) Les chiffres sont accablants : selon l’OMS, la Suède (10 millions d’habitants) qui n’a quasiment pas confiné, a déploré 19.900 morts du covid. La Belgique (11 millions d’habitants) qui a confiné avec brutalité : 32.500 décès. Même si l’on ajoute un coefficient de 10% supplémentaires à la Suède (différentiel du nombre d’habitants), on constate donc que les confinements ont généré 40 % de décès supplémentaires par rapport à ceux qui ont laissé l’immunité collective se développer et protéger les populations.
(2) Aux morts du virus, il faut ajouter les effets secondaires non répertoriés : doublement des suicides, dépressions nerveuses en masse, retard scolaire des enfants, violences familiales en croissance exponentielle, hausse avérée de l’alcoolisme et du tabagisme, etc.
(3) Voir sur le même site notre article «De l’OTAN ou de la Russie laquelle est la plus isolée» du 07/06/22.